Présences de Guéhenno

L’exposition de 2014 organisée par la ville de Fougères avait pour titre : " Jean Guéhenno ? Un homme d’aujourd’hui ! "

Cette rubrique de notre site s'inscrit dans cette conviction : Guéhenno plus que jamais est porteur de questions, de doutes, de réponses, de valeurs pour aujourd'hui, et ne doit pas être enfermé dans la nostalgie complaisante de l'école de la IIIe République. Ce n'est pas par hasard que David Ball, son traducteur américain, a choisi de faire connaître son Journal des années noires. Ce n'est pas par hasard non plus que Guéhenno, moins lu aujourd'hui, apparaît souvent cité, pas seulement par des historiens, mais aussi par des romanciers ou des acteurs de notre société. Changer la vie reste un projet aussi passionnant que celui de la devise républicaine.

Cette rubrique, nous comptons sur vous pour l'alimenter. Envoyez-nous vos contributions (aussi brèves que possible, mais toujours référencées avec précision) en utilisant le formulaire de contact.


Guéhenno et l’Allemagne de l’entre-deux guerres

Sauf erreur de notre part, ce volume sur les relations franco-allemandes de l’entre-deux guerres, ne mentionne nulle part Guéhenno. Il n’en est pas moins passionnant. Signalons en particulier l’étude de Susanne Paff, « Eduard Wechssler et les conférences françaises à l’Université de Berlin 1926-1934 », pp. 175-226. La personnalité, les idées, l’action politique (pas seulement intellectuelle) de ce prestigieux professeur, travaillant en lien étroit avec son ministère des Affaires étrangères et les autorités de l’enseignement supérieur allemand, y sont étudiées de façon très détaillée.

H. M. Bock, G. Krebs, Échanges culturels et relations diplomatiques. Présences françaises à Berlin au temps de la République de Weimar, PIA Publications de l’Institut d’allemand d’Asnières, 2004

 

Anticolonialisme

L’anticolonialisme de Guéhenno entre les deux guerres mondiales est souvent jugé trop modéré, pour ne pas dire décevant. Les p. 165-172 du livre de C. Weis, « Au-delà des préjugés, la question coloniale », fournissent des références intéressantes comprenant des textes d’Alain, de Maurice Halbwachs (frère de Jeanne Alexandre), de Romain Rolland, de Lucie Couturier, Léon Werth, Roland Dorgelès, Louis Roubaud, Paul Monet, Luc Durtain, Charles Boussinot. Signalons l’article de Guy Sat « Jean Guéhenno face au problème colonial », in Aden n° 8, octobre 2009, p. 176-193, qui peut être envoyé à nos lecteurs sur simple demande à la rédaction des Cahiers Guéhenno.

C. Weis, Jeanne Alexandre [1890-1980]. Une pacifiste intégrale, Presses universitaires d’Angers, 2005, p. 240

 

Bourgeois et Guéhenno

Numéro spécial de la revue d’Edmond Thomas sur l’écrivain prolétarien LUCIEN BOURGEOIS (1882-1947), dont les grands textes sont réédités par Plein Chant. Ce numéro présente des repères chronologiques, une bibliographie, la reproduction d’un hommage de 1957 rédigé par des interlocuteurs proches de Bourgeois, celle de son « roman » Midi à XIV heures, des nouvelles dispersées dans des revues introuvables aujourd’hui, un dossier critique sur L’Ascension et sur Faubourgs, une gravure de Germain Delatousche. La première note de Guéhenno, reproduite intégralement ici, que Paulhan accueille à La NRF (octobre 1926) concerne L’Ascension (Rieder, 1925). En voici un extrait : « Hélas ! Il faut bien qu’il se l’avoue, cet effort même qu’il a fourni, son « ascension » même, a fait de lui dans sa classe comme un irrégulier. Et c’est peut-être une des réflexions les plus tragiques que suggère ce livre : la masse ne saurait avoir de témoins. Acquérir les moyens d’exprimer son tourment, c’est d’une certaine manière cesser d’en être, devenir inapte au témoignage. […] Michelet disait que « le difficile n’est pas de monter, mais, en montant, de rester soi. » […] Lucien Bourgeois a résolu ce difficile problème […] : « J’ai compris à la longue que le mieux que j’avais à faire, si j’étais susceptible de faire quelque chose de bon, était de rester moralement et à tous les autres points de vue, avec ceux au milieu desquels le sort m’a fait naître. » »

« Lucien Bourgeois », Plein Chant Documents 85, printemps 2016, 15 €. 35 route de Condé 16120 Bassac www.pleinchant.fr

 

Caliban parle

Jeanne Alexandre rend compte de l’essai de Guéhenno dans les Libres propos d’Alain, en décembre 1928, pp. 575-578. Elle s’indigne du « silence fait autour du livre [par] la puissante critique ».

Voir C. Weis, Jeanne Alexandre [1890-1980]. Une pacifiste intégrale, Presses universitaires d’Angers, 2005, pp. 206-207 (autre référence à Guéhenno, p. 223).

 

Le Canard enchaîné

Article de Laurent Arzel sur « Les premiers pas du Canard enchaîné », repris dans Gallica, 19 décembre 2016

http://gallica.bnf.fr/blog/recherche_blog?votre_recherche=canard+encha%C3%AEn%C3%A9

 

Dangers de la contagion

« Mais à quoi servirait une victoire sur le régime nazi, si les vainqueurs se laissaient contaminer par l’esprit nazi ? Pour combattre la brutalité extrême, il se peut que des moyens brutaux soient admissibles, voire nécessaires (…). L’absence de scrupules de l’ennemi ne doit pas vous ôter vos scrupules. Attention aux dangers de la contagion ! ».

Klaus Mann, Le Tournant (Der Wende punkt, Ein Lebensbericht), Solin, 1984, p. 579

Klaus Mann, soldat de l’armée américaine pendant la campagne d’Italie (1944), cliché de l’US Army

 

Drieu La Rochelle

Le Journal d’un homme de 40 ans est évoqué dans ce livre sur Drieu, ainsi que Paulhan : Aude Terray, Les Derniers Jours de Drieu La Rochelle, Grasset, 2016. Note 1, p. 67, p. 19, 21, 31, 39, 40-43, 72-73, 210, 223.

 

Jean Duval

Allusions à Jean Duval et à sa femme, Colette Vivier, ainsi qu’à Paulhan.

Simone Martin-Chauffier, A bientôt quand même, Calmann-Lévy, 1976. P. 100, 109-110, 115.

 

Guerre et vieillards

Guéhenno s’est souvent attaqué, à propos de la Grande Guerre, à ce qu’Alain appelait « le chœur des vieillards », d’autant plus bellicistes qu’ils faisaient la guerre « avec le sang des autres ». Ce thème est abordé, contextualisé par C. Weis aux p. 51-52, 123 de son essai, où il se réfère à Guéhenno.

C. Weis, Jeanne Alexandre [1890-1980]. Une pacifiste intégrale, Presses universitaires d’Angers, 2005, p. 240

 

Jaurès et Guéhenno : la seule école libre…

Le Livre de Poche a réédité le grand discours de Jean Jaurès « Pour la laïque » (1910), prononcé devant l’Assemblée nationale au moment du débat sur le budget de 1910. Élévation de la réflexion, étendue de la culture et des références, humour aussi, continuent d’en imposer au lecteur d’aujourd’hui, au-delà des formes d’éloquence qui ne sont plus les nôtres. Le contraste avec les débats publics d’aujourd’hui est fort. On comprend pourquoi ce testament de Jaurès sur l’école publique, la morale laïque et la pensée des religions, l’opposition des deux France, continue de toucher… comme son « Discours à la jeunesse », que reprenait Guéhenno dans sa bibliothèque pour le lire à sa fille, pendant les années noires de l’Occupation et de Vichy, afin de purifier l’air qu’elle respirait.

Jean Jaurès, Pour la laïque, prés. Vincent Duclert, Les Classiques de Poche, Le livre de Poche, 2005, 112 p. (repères chronologiques).

 

Vive la Nation ?

Il y a des automatismes contre lesquels lutter serait un métier à temps complet. Essayez de prononcer le mot «  nation ». Votre interlocuteur fronce les sourcils, vous êtes suspect. Dans la minute qui suit il vous parlera de nationalisme, puis de guerre… Et comme tous les demi-instruits, il n’a pas totalement tort.

Le professeur Nathan Bracher, dans le prolongement de la réflexion ouverte par Michel Winock (voir M. Winock, « Les nationalismes français », Barcelone working papers 1994, Institut de Ciències Polítiques i Socials (ICPS), Universitat Autònoma de Barcelona, http://www.icps.cat/cerca), étudie, à partir du Journal des années noires, en quel sens la nation peut prendre un sens républicain et généreux, lié à l’identité collective d’un pays. Il rappelle que la Nation héritée de la Révolution française avait fait des Français un corps politique de citoyens ayant adhéré à des valeurs communes qui les libéraient de leur situation de sujets du roi, par l’adoption desquelles ils s’étaient affranchis. C’est ce souvenir qui guide Guéhenno sous l’Occupation et inspire son engagement. Engagement d’une nature très particulière, opposé bien sûr au pur intellectualisme d’un Benda, dénonciateur de la « Trahison des clercs », opposé aussi au pouvoir des maîtres à penser dont l’enterrement de Sartre marquera la fin. Et si ce non conformisme radical, à l’écart des systèmes, constituait la modernité de Guéhenno, après l’avoir longtemps desservi ? Pour Bracher, il représente le type de l’intellectuel modeste, désireux de servir son pays, sans l’écraser de son génie. Son rôle est de procurer d’indispensables repères dans l’épreuve, de maintenir l’exercice de l’esprit critique, tout en partageant le quotidien de ses compatriotes, en restant « fraternel » : on ne pense pas librement tout seul !

  • Nathan Bracher, « The Intellectual and ‘La Nation’ in Jean Guéhenno’s Journal des années noires», French Cultural Studies, vol. 23, 1: pp. 64-78.

 

Nemirovsky et Guéhenno

Nathan Bracher, dans son livre After the Fall: War and Occupation in Irene Nemirovsky's Suite francaise. Washington, DC: Catholic University of America Press, 2010, se réfère plusieurs fois au Journal des années noires.

 

Jeanne Alexandre et le pacifisme

Paulhan et Guéhenno se sont opposés sur le pacifisme de l’entre-deux-guerres, critiqué également dans les « Chroniques de Jean Guérin » de La NRF. On trouvera des compléments d’information sur les polémiques soulevées par les normaliens et Alain en 1927-1929, 1932, 1934, aux p. 146-148 de l’ouvrage de C. Weis. D’autres allusions, cette fois à la littérature pacifiste entraînée par la Grande Guerre (Jolinon, Duhamel, Lalou, Schlumberger, Remarque…, entre autres) sont à signaler pp. 214-217.

C. Weis, Jeanne Alexandre [1890-1980]. Une pacifiste intégrale, Presses universitaires d’Angers, 2005 (voir également Jean-K. Paulhan, « Intellectuels désarmés ? 1932, une année de polémiques entre Paulhan et Guéhenno » in « L’épistolaire à La Nouvelle Revue Française 1909-1940», Épistolaire, n°34, décembre 2008, Champion, pp. 81-97).

Les pacifistes intégraux entre les deux guerres, dont faisait partie Jeanne Alexandre, forts de leur culture historique française, voyaient dans le nazisme un phénomène qui leur était familier : « Qui a vécu, peu ou beaucoup, avant la guerre [de 14-18] reconnaît en Hitler le Boulanger, le Déroulède, le Barrès germanique, de même que le colonel de La Roque se dresse sur des ergots de Hitler français. » (p. 240 du livre de C. Weis).

Il est facile d’ironiser sur ces lignes parues dans les Libres propos, la revue d’Alain, en mai 1934, mais la tentation est récurrente, au moins chez les politiques qui veulent jouer aux historiens, de réduire le présent et le proche avenir à ce qu’ils savent du passé. Que l’on pense à l’abus de la référence aux Accords de Munich.

 

Toujours Péguy

Il n’y a « rien de si contraire aux fonctions de la science que les fonctions de l’enseignement puisque les fonctions de la science requièrent une perpétuelle inquiétude et que les fonctions de l’enseignement, au contraire, exigent perpétuellement une assurance admirable. »

Cité par Jean-Pierre Rioux, Vive l’histoire de France !, Odile Jacob, 2015.

 

Henry David Thoreau

« Je ne m’étendrais pas tant sur moi-même s’il était quelqu’un d’autre que je connusse aussi bien. Malheureusement, je me vois réduit à ce thème par la pauvreté de mon savoir. Qui plus est, pour ma part, je revendique de tout écrivain, tôt ou tard, le récit simple et sincère de sa propre vie, et non pas simplement ce qu’il a entendu raconter de la vie des autres hommes. », p. 10

« Sans doute autrui peut-il aussi penser pour moi ; mais il n’est pas à souhaiter pour cela qu’il le fasse à l’exclusion de mon action de penser pour moi-même. », p 72.

Extrait (premier chapitre) de Walden ou La Vie dans les bois (1854), in « Je vivais seul dans les bois », Folio, Gallimard, 2015

 

Simone Weil

Signalons l’article d’Alexandre Massip, auteur en 2010 d’une thèse, S’engager aux côtés de la classe ouvrière pour « changer la vie » : 1919-1939, sur « L’éducation populaire chez Simone Weil ». Il conclut ainsi : « La culture réclame toujours un effort sur soi-même. Il faut également toujours en revenir aux œuvres originales, et tout particulièrement aux récits mythiques chers à la philosophe. »

L’Agrégation, numéro spécial « Culture générale et spécialisation », n° 484, janvier-février 2017, pp. 179-190.

 

Guéhenno parmi nous

  • Diary of the Dark Years

La traduction du Journal des années noires réalisée par David Ball a été incluse dans sa liste des meilleurs livres de l’année 2016 par le critique du Guardian, Pankaj Mishra. Il estime que la volonté de préserver la liberté de l’esprit de Guéhenno éveille des échos très forts chez les intellectuels affrontant aujourd’hui des états de type fasciste.

https://www.theguardian.com/books/2016/nov/26/best-books-of-2016-part-one

  • Sur le site de En Envor (revue bretonne et malouine), consulté le 12 janvier 2017, Yves-Marie EVANNO a publié un article sur Guéhenno, faisant écho à la tribune récente de Jean-Pierre Rioux dans Libération (merci à J. Thouroude de nous l’avoir signalé).

http://enenvor.fr/eeo_actu/entredeuxguerres/jean_guehenno_ce_fils_d_ouvrier_de_fougeres_devenu_ecrivain.html

 

  • Annie Ernaux

« Elle est passée de l’autre côté mais ne saurait dire de quoi, derrière elle sa vie est constituée d’images sans lien. Elle ne se sent nulle part, seulement dans le savoir et la littérature. »

Les Années, Gallimard, 2008, p. 87

 

  • Irène Frain

Beau texte sur l’aspiration à la haute culture dans un milieu défavorisé…

Irène Frain, « Quand Bach fit une entrée fracassante dans nos 30 m2 », Le 1, 30 mars 2016

http://le1hebdo.fr/journal/numero/100/quand-bach-fit-une-entre-fracassante-dans-nos-30-mtres-carr-1530.html

 

  • Papeterie Gallimard

La papeterie Gallimard a édité, en mai 2017, un carnet reprenant la couverture de Voyages de Jean Guéhenno (192 pages lignées).

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Papeterie/Papeterie/Les-carnets/Carnet-Voyages-papeterie

 

  • Ouest-France

Le quotidien Ouest-France Ille-et-Vilaine a rendu compte le 7 juin 2016 de notre Cahier Guéhenno n°5, dans sa rubrique des livres. Qu’il en soit ici remercié, comme de son soutien régulier.

 

  • Le 1

Numéro spécial « Étonnants voyageurs » ; en dernière page : « Le livre est un outil de liberté ». Jean Guéhenno, écrivain (1890-1978). Mercredi 31 mai 2017. Merci à Michèle Mouro-Laborne de nous l’avoir signalé.

 

  • François Werkoff

Les peuples comme les hommes se mesurent à leurs rêves, F. Werkoff cite Guéhenno dans le titre de son Essai sur le pessimisme français.

http://www.leseditionsdunet.com/histoire-et-actualites/4045-les-peuples-comme-les-hommes-se-mesurent-a-leurs-reves-essai-sur-le-pessimisme-francais-francois-werkoff-9782312042053.html