Au fil des mots

En mai 1978, à propos d'une reproduction d'un dessin de Léonard de Vinci « où l'on voit face à face un vieil homme et un jeune homme effronté », Jean Guéhenno écrit : « Je ne veux retenir de la belle image du Vinci que ce sourire d'amitié qu'il y a dans les yeux du vieil homme. Il espère en son fils, et le fils le sait bien et il deviendra père et espèrera à son tour, et la grandeur de l'histoire des hommes n'est peut-être que celle de cette espérance. » in Le Monde, « Les pères et les fils », 23 mai 1978.

Quel témoignage ! Au soir de sa vie, Guéhenno est toujours en quête de l’ « état de vérité ».

Guéhenno qui a sous-titré son livre Changer la vie : Mon enfance et ma jeunesse, est resté fidèle à son enfance et à son « vieux pays ». Comme beaucoup de petits Fougerais, « le petit roi en sabots » a été mis en nourrice,  à St Germain en Coglès dans ce « canton de l’univers où il fait toujours soleil » et où le « monde lui appartenait ». Quatre lieux lui étaient chers : Peïné ou le paradis perdu ; Fougères, la ville des chaussonniers où la grève de 1906 a été « la plus grande épreuve humaine à laquelle j’aie assisté » ; Montolieu où il a connu sa première femme, Jeanne Maurel, et Paris où il a vécu la majeure partie de sa vie en tant qu’étudiant, puis enseignant, journaliste et écrivain.

Vous découvrirez au fil des mots que Guéhenno était un Européen convaincu, un défenseur de la paix sauf en certaines circonstances, un éducateur dans l’âme, un grand humaniste et que, pour tous ces engagements il est toujours un homme d’aujourd’hui.

Dès 1930, il écrivait : « L’Europe est notre vraie patrie. » Ayant connu deux guerres mondiales, sa principale préoccupation a été de défendre la paix, sauf en juin 1940 lorsque le Maréchal Pétain demande l’Armistice.  Le vieux « professeur ridicule », comme il se définissait lui-même, n’a eu de cesse de louer ses frères éducateurs, ces « pédagogues amoureux » qui ont pour mission de mettre les hommes en « état de vérité », le premier des droits selon lui. S’il se vante de n’aimer pas croire, toute sa vie a été celle d’un homme de foi, mais d’une foi en l’homme. Pour lui, l’humanisme est une « religion de l’homme ».

Le livre est un « outil de liberté » comme indiqué sur la plaque commémorative de la rue Pierre Nicole où habitait Guéhenno. Écrire est une « manière de vivre » pour Guéhenno et s’il écrit, c’est pour « apprendre aux hommes à espérer ».

Comment conduire « sa » vie ? Dans la « clairière des destins », « on ne change pas sa vie à soi seul », il faut, pour la changer, « changer aussi la vie des autres » ; mais « chacun a son dictionnaire...»

Comme son « vieux » Rousseau, Guéhenno était un homme de « confessions », mais pas de concessions : dès son plus jeune âge, il avait décidé d’être bachelier pour protester contre « un monde injuste et mal fait ». Son travail aura été son « plaisir », sa « vie même », par contre, son « principal chagrin » aura été de finir sa vie loin des « hommes simples » qu’il a aimés.

Guéhenno a énoncé un certain nombre de vérités sur l’égalité des chances, le pouvoir de l’éloquence, la culture vraie, les vrais hommes et la vraie vie : « nous rêvons une vie, nous en vivons une autre, mais celle que nous rêvons est la vraie. »… et nous a fait part de ses aversions, notamment pour la violence, car « aucune violence n’a ajouté à la grandeur des hommes ».

Puissent ces citations glanées au fil des mots, vous inciter à lire ou relire les ouvrages de Guéhenno, l’un des acteurs majeurs de la vie intellectuelle et politique français entre les deux guerres mondiales.

N’hésitez pas à nous faire part de vos remarques et à nous signaler d’autres citations de Guéhenno.

François Roussiau.


Fidélité à l’enfance

Couleur de l’âme

Ce que je crois©, Grasset, 1964, p. 25.
« On ne revient pas de certaines impressions de l’enfance. Elles fixent la couleur de l’âme. »

Le vieux pays

Carnets du vieil écrivain©, Grasset, 1971, p. 60.
« Je respire le même air qui fut celui de mon premier souffle. Sans doute cette première gorgée d'un certain air dans un certain coin du monde fonde-t-elle pour toujours l’intimité de chacun de nous avec son vieux pays. »
Carnets du vieil écrivain©, op. cit., p. 62.
« Le vieux pays, c’est pour chacun celui où il a appris à vivre et sans doute l’aime-t-on d’autant plus que l’apprentissage fut plus difficile. »

Ma jeunesse…

Journal d'un homme de 40 ans©, Grasset, 1934, p. 106.
« Ma jeunesse a été comme un ruisseau de montagne qui se précipite, court et tombe, emporté par son propre bruit. »
Changer la vie©, op. cit., p. 15.
« Une fois déjà, j'ai évoqué rapidement ces jours de ma jeunesse. Si j'y reviens, c'est que j'ai enfin compris que tout ce qu'il y eut de force et de netteté dans ma vie tient à ces jours-là. »
Carnets du vieil écrivain©, op. cit., p. 43.
« Quand je parviens à évoquer une seule minute de ma jeunesse comme elle fut vraiment, dans sa tension et son combat, tout retrouve pour moi un ordre, un sens. Je crois savoir pourquoi je vis. »

Le monde m’appartenait…

Journal d'un homme de 40 ans©, op. cit., p. 22.
« Le monde m'appartenait, un vrai monde avec de vrais fruits, de vraies fleurs, des collines, des bois, des eaux vives, un soleil et, le soir, des millions d'étoiles. »

Petits sabots de bois noirs

Dernières lumières, derniers plaisirs©, Grasset, 1977, pp. 201-202.
« Cette paire de petits sabots de bois noirs que j’ai là devant moi, dans une vitrine, les ai-je jamais portés ? Je ne peux pas m’en souvenir, mais ma mère m’a jadis assuré que ce sont les premiers que j’ai traînés dans la boue d’un village, chez ma nourrice, et, quand ils furent devenus trop petits, mon père les nettoya, les bûcha, les lissa, les frotta, les polit, les grava, les noircit, et en fit cet objet de parade pour éterniser, il en était sûr, mes premiers pas sur la terre. »

Nourrice

Journal d'un homme de 40 ans©, op. cit., p. 26.
« Pauvre chère vieille femme, je devrais bien aujourd’hui savoir faire son portrait […] et je ne parviens pas seulement à revoir son visage. [C]eux que nous avons aimés et que nous ne pouvons plus voir, leurs ombres remplissent tout notre esprit. »

Nous n’avions qu’une seule chambre…

Journal d’un homme de 40 ans©, op. cit., pp. 61-62.
« Nous n’avions qu’une seule chambre. On y travaillait, on y mangeait, on y dormait, même certains soirs on y recevait les amis. Autour des murs, il avait fallu ranger deux lits, une table, deux armoires, un buffet, le tréteau du fourneau à gaz, accrocher les casseroles, les photographies de famille, celles du Czar et du Président de la République. […] [Sous la fenêtre] on avait installé “ l’atelier ”, la machine à coudre de ma mère, le bahut de mon père et un grand baquet d’eau dans lequel trempaient toujours des cambrures et des semelles. »

Mon père

 

Changer la vie©, op. cit., p. 65.
« Ce qui lui importait était ce qui se passait en lui, un événement d'une admirable intensité, toujours repris, toujours recommencé, une certaine idée de la vie humaine qu'il avait, à laquelle il ne pensait pas même devoir être fidèle, mais qui le menait toujours, qui était devenue plus lui que lui-même. »

Ma mère

Changer la vie©, op. cit., p. 78.
« Je revois le visage de ma mère, tout ridé par l’angoisse, et ses yeux pleins de peur. Je la vois toujours travaillant, toujours courant, toujours haletant. Elle courait pour devancer le malheur, pour être là, occuper la place avant lui. »

Orange de Noël

Changer la vie©, op. cit., p. 99.
« Mais toujours, dans ma pensée, la nuit de Noël devra sa grandeur à ces souvenirs que j’ai rapportés, et il m’arrive encore de songer au bonheur comme à une belle orange de Noël qu’il faudrait partager entre tous les hommes pour que réellement ils la mangent. »

J’étais employé au bureau…

Changer la vie©, op. cit., p. 136.
« J’étais employé au bureau. J’étais le « gosse ». Je portais une blouse noire. Je faisais les courses. […] Onze heures chaque jour, les bottes mégis ou les Richelieu chevreau se multipliaient dans ma tête, sous mes mains, je sens une révolte imbécile à ce souvenir. Cela dura près de quatre années. »

Batailles pour un sou

Carnets du vieil écrivain©, op. cit., pp. 199-200.
« J’ai grandi dans des batailles qu’on livrait pour un sou. […] L’honneur autant que le pain était engagé. Dans un monde où l’argent réglait tout, il semblait que la pauvreté fût une condition honteuse. C’est cela que je n’ai jamais oublié. »

Grève de 1906

Changer la vie©, op. cit., p. 166.
« Cette grève de 1906 reste en moi comme la plus grande épreuve humaine à laquelle j’aie assisté. […] C’était une affaire de pain, bien sûr, mais autant une affaire d’honneur, un dur combat. »

Quand le travail allait bien…

Changer la vie©, op. cit., p. 62.
« Quand le travail allait bien, on respirait, on rêvait ; les soirs de printemps et d’été, on allait au jardin public regarder monter les fumées de la vieille ville autour du château ; les après-midi des dimanches, on allait jusqu’à la forêt boire une bolée et manger une galette chez les sabotiers. »

J’écris ces pages…

Journal d’un homme de 40 ans©, op. cit., pp. 90-91.
« J’écris ces pages à la Bibliothèque municipale de F… J’y ai passé dans ma jeunesse bien des dimanches d’hiver. Je m’y plaisais. C’est une haute et longue salle, nette et claire, au second étage de l’hôtel des Postes. Les livres en couvrent trois côtés, tandis que, sur la rue, au-dessus des grands casiers de hêtre, s’étend, comme une tapisserie blanche et bleue, une immense verrière pleine de ciel. […] Les cloches de Saint-Léonard tout d’un coup sonnaient les vêpres. Il était trois heures. […] Le dernier son tintait. Je revenais à mon livre. Loin du monde. En plein ciel. »

Lieux chers à Guéhenno 

Peïné : le paradis perdu

Changer la vie©, op. cit., pp. 20-21.
« Cela s’appelait d’un nom étrange : Peïné. C’était une vieille chaumière isolée, à moins de deux lieues de la ville, mais, me semble-t-il aujourd’hui encore, aussi loin que les Indes ou la Chine. […] C’était au bout du monde, au fond du temps, le Paradis. »

Fougères est pour moi…

Carnets du vieil écrivain©, op. cit., p. 62.
« Au fond de mes pensées, Fougères est pour moi le lieu d’une vieille bataille que j’ai vu tout un petit peuple livrer pour vivre. Dans cette ville de chaussonniers, on pensait, d’une façon générale, que les hommes naissaient au monde pour être chaussés. […] On travaillait ou on chômait, on mangeait ou on avait faim. »

Montolieu, la colline St Roch

Journal d'un homme de 40 ans©, op. cit., pp. 11-12.
« [D]evant moi, par-delà le balcon, s’étend la campagne éternelle. Une sèche colline, si pure, s’élève dans le ciel. Elle porte à son sommet une chapelle, des cèdres et des cyprès. […] Et les murs qui, sur les pentes, retiennent la terre et les vignes, un sentier qui monte en lacets évoquent l’éternité humaine. »

Paris

La Jeunesse morte, Éditions Claire Paulhan, 2008, p. 91.
« La lumière était dorée sur les feuillages clairs encore. [La fontaine Médicis au jardin du Luxembourg]. Dans leur niche, les petits amants de marbre s'aimaient et Polyphème, au-dessus d'eux, ne préparait qu'une bonne plaisanterie. Le bassin vert et noir avait des reflets de jaspe... »
La Jeunesse morte, op. cit., p. 108.
« Dans ce cabaret de Paris [le “ Petit Cupidon ”], tous les soirs, l'esprit humain se donnait une fête. Lieu de rencontres fraternelles. La jeunesse du monde s'y donnait rendez-vous, y prenait conscience d'elle-même. Des hommes et des femmes venus de tous les pays riaient, buvaient, disputaient, bavardaient ensemble. »
Archives du Journal des années noires, Jean-Marie Guéhenno ©.
« 14 mai 1940. Promenades, courses dans Paris. Jamais la belle ville ne m’avait paru plus belle, plus fière, plus intelligente, plus délicieuse. Est-ce ce danger que je sens autour d’elle ? Je la regarde avec des yeux d’amoureux ; je ne me lasse pas de la contempler. Les Champs-Élysées hier soir vers 6 heures. »

Européen d’abord

Le plus humble des Européens

Ce que je crois©, op. cit., p. 23.
« Je me souviens d’avoir, pour la première fois, vers ma trentième année, écrit à la tête d’une grande feuille de papier blanc ces mots comme le titre d’un livre que je voulais, que je devais écrire : “ le plus humble des Européens ”. J’ai repris dix fois mon projet. Vainement. Mais je n’ai jamais cessé d’en rêver, et c’est sans doute en effet le seul livre que j’aurais dû écrire, en communion avec le plus profond de moi-même. »

L'Europe est notre vraie patrie.

Europe, « Difficiles amours », n° 96, décembre 1930.
« C'est elle que nous devons rejoindre en attendant de rejoindre le monde. »

La conscience européenne

Préface de Jean Guéhenno à Alfonso Errera, France/Italie, Tunis, Imprimerie Habadou & Cie©, mai 1939.
« Par delà les divisions politiques de l’Europe, il y a l’unité de la conscience européenne. Et à cet égard nous ne pouvons plus même dire ce que nous devons aux uns et aux autres. Cette conscience est l’œuvre d’une lente, longue et commune raison. Chacun a enseigné l’autre. »

Je me souviens de mes promenades…

L’Esprit européen, Rencontres internationales de Genève, Éditions de la Baconnière©, Neuchâtel, 1947, p. 107.
« Je me souviens de mes promenades dans le jardin de ma petite ville [Fougères] vers 1912, j’y rencontrais des Européens, des Anglais, des Allemands, et je me souviens m’être demandé si je rencontrais des amis ou des ennemis. Je savais que notre salut à tous eût été de les regarder avec amitié. »

L’esprit européen

L’Esprit européen, Rencontres internationales de Genève, op. cit., p. 108.
« L’esprit européen court actuellement les plus grands dangers. Il manque des ressources, il manque des armées, il manque de l’organisation et de l’organisme qui lui assureraient définitivement la vie. »
L’Esprit européen, Rencontres internationales de Genève, op. cit., p. 118.
« Le salut de l’Europe ? Le salut de l’esprit européen ? Il ne peut être que dans un humanisme militant. »

Une certaine idée de l’homme

Le Figaro, « L’Europe des peuples », 4 juillet 1974.
« L’Europe est une certaine idée de l’homme, une pensée qui se retrouve la même et commune, à travers les siècles dans d’innombrables chefs-d’œuvre, un programme de vie, une méthode, une raison, une volonté de grandeur et de dépassement, qui s’est donnée au monde, si bien que partout, à certains égards, on pense, on parle et que tous les plus importants problèmes se posent en termes européens. »

Il n'y aura de véritable Europe

Le Figaro, « Notre destin d'Européens », 21 avril 1977.
« […] Que lorsque nous pourrons nous dire Européens comme nous nous disons Français, Allemands, etc. »

Défendre la paix à n’importe quel prix ?

Guerre

Journal d'un homme de 40 ans©, op. cit., p. 159.
« Je suis de ceux, innombrables, qui ont vécu la guerre furtivement, craintivement, humainement. »

Douze millions de morts pour rien

Journal d'un homme de 40 ans©, op. cit., p. 209.
« J’attends qu’on nous montre, en cette belle année 1933, ce que quelqu’un a gagné à la guerre. De tout ce qu’elle a achevé de bouleverser, il n’est rien qui n’eût pu être mis en ordre par les réflexions et les discussions d’hommes seulement un peu plus intelligents, plus attentifs, plus présents. […] Douze millions de morts pour rien. […] J’écris ces choses sans passion, avec une infinie tristesse. »

Morts pour rien

La Mort des autres©, Grasset, 1968, p. 20.
« C’est aux vivants à accomplir les espoirs des morts et c’est leur faute quand les morts sont morts pour rien. »

L’immense cadavre de la jeunesse étendue…

La Jeunesse morte©, op. cit., p. 248.
« Parmi les morts on ne distingue ni vainqueurs, ni vaincus. Tous les morts sont des morts. Un seul fait domine tous les autres ; la vérité, c’est l’immense cadavre de la jeunesse étendue en travers des plaines d’Europe. »

La guerre est un désastre

La Jeunesse morte©, op. cit., Annexe 1, Journal de guerre (août-octobre 1914), p. 255.
« Nous partons en guerre pour les faibles, pour les opprimés, pour tous ceux qui croient qu’il est de grandes œuvres de paix à protéger et que la guerre est un désastre. »

Dans un champ de betteraves

La Jeunesse morte©, op. cit., Annexe 1, Journal de guerre (août-octobre 1914), p. 261.
17 octobre 1914 : « La mort au champ d’honneur, la plus triste de toutes. La plupart en réalité ne meurent que dans un champ de betteraves. »

Pire que la guerre : la servitude

Journal des années noires©, Gallimard, 1947, p. 13.
17 juin 1940 : «Voilà, c’est fini. […] Je pense à toute la jeunesse. Il était cruel de la voir partir à la guerre. Mais est-il moins cruel de la contraindre à vivre dans un pays déshonoré ? Je ne croirai jamais que les hommes soient faits pour la guerre. Mais je sais qu’ils ne sont pas non plus faits pour la servitude. »
La Mort des autres©, op. cit., pp. 170-171.
« [I]l peut y avoir pire encore que la guerre, et c'est la servitude. »

Éducateurs, mes frères

Apprendre à se construire

Ce que je crois©, op. cit. pp. 118-120.
« [R]ien n'est plus beau au monde que ce travail de soi sur soi. C'est le travail propre de l'humanité, et d'elle seule. […] Il faut mener un homme, tout homme jusqu’à lui-même et lui apprendre à se construire. »

Artiste

Sur le chemin des Hommes©, Grasset, 1959, p. 27.
« La pédagogie est bien plus un art qu’une science. Un vrai professeur doit avoir plusieurs des qualités d’un très grand artiste. »

Clarté

Sur le chemin des Hommes©, op. cit., p. 178.
« Le maître le plus savant en une chose et le plus efficace n’est après tout que celui qui trouve les moyens d’en parler avec le plus de clarté, et les choses ne commencent d’être que quand nous les avons exactement nommées. »

Curiosité

Sur le chemin des Hommes©, op. cit., p. 137.
« Nous aurions fait tout notre devoir de pédagogues, si nous avions donné aux jeunes gens quelques clés de la vie ; la curiosité est la principale, celle qui ouvre le plus de portes. »

École

Sur le chemin des Hommes©, op. cit., p. 24.
« Le rêve d'une humanité nouvelle ne peut partout commencer que dans une salle de classe. »
Sur le chemin des Hommes©, op. cit, p. 213.
« C’est à l’école qu’il faut raccommoder la toile déchirée de notre monde et empêcher qu’on ne la déchire davantage. »

Éducation

Ce que je crois©, op. cit., p. 146.
« Cette éducation toute désintéressée et intérieure peut seule grandir et élargir la vie des hommes. Il ne suffit pas de les préparer à gagner leur vie. Il faudrait leur enseigner à la vraiment vivre après qu'ils l'ont gagnée. »
Sur le chemin des Hommes©, op. cit., pp. 45-49.
« [I]l se peut bien que la vie d’un ouvrier d’aujourd’hui ne soit pas encore plus pleine, plus riche intérieurement que celle de son grand-père. Mais c’est affaire justement d’éducation […] On a perdu, dans des guerres, à tuer les hommes, l’argent qu’on eût dû employer, dans des écoles, à les former. »

Enseignants-chercheurs

Journal des années noires©, 27 janvier 1942, op. cit. , p. 185.
« [L]es “chercheurs” ne sont pas les professeurs. Que les chercheurs cherchent et que les professeurs enseignent. Ce sont deux fonctions distinctes. »

État de vérité

Ce que je crois©, op. cit., p. 133.
« [I]l y a, me semble-t-il, un état de vérité et tout le travail de l’éducation devrait consister à hausser les hommes, autant qu’ils en sont capables, jusqu’à cet état. »

Former des hommes

Ce que je crois©, op. cit., pp. 139-140.
« C’est là les mettre en état de vérité, non la leur enseigner comme toute faite et déjà acquise, mais les mettre en garde contre tout ce qui n’est pas encore elle et leur apprendre à la chercher. »

Instruction

Conversion à l'humain©, Grasset, 1931, p. 163.
« Le but de l’instruction n’est pas de faire admirer aux hommes une législation toute faite, mais de les rendre capables de l’apprécier et de la corriger. »

Pédagogues amoureux

Changer la vie©, op. cit., p. 202.
« On ne reconstitue pas seul le cours régulier des études, déterminé par l’usage et la tradition. Ces pédagogues amoureux jusqu’à la manie des choses qu’ils enseignent et qui répètent chaque année leurs explications et leurs plaisanteries sont irremplaçables. »

Travail utile

La France et les Noirs©, Gallimard, 1954, p. 15.
« [L]e travail utile, le seul qui change le monde et la vie, est celui de quelques vrais maîtres qui ont le respect des esprits, qui ne prêchent pas, ne ronronnent pas, mais simplement cherchent et parlent. Et alors il n’est guère de plus grand spectacle. »

L’humaniste

Charité

Journal des années noires©, 27 juillet 1943, op. cit., p. 273.
« Le plus vrai plaisir qu'on puisse faire à un être un peu noble, c'est de lui donner le sentiment qu'on a besoin de lui. Il n'est sans doute pas de plus grande charité que de paraître avoir besoin de la charité d'autrui. »

Homme authentique

Carnets du vieil écrivain©, op. cit., p. 183.
« On est si rarement un homme authentique sans rien entre soi et le reste. Le reste ? C'est tout l'univers autour de nous, tout ce à quoi nous ne devrions jamais nous habituer, tout cela qui vit et change à chaque heure en même temps que nous. […] »

Homme authentique

Carnets du vieil écrivain©, op. cit., p. 183.
« On est si rarement un homme authentique sans rien entre soi et le reste. Le reste ? C'est tout l'univers autour de nous, tout ce à quoi nous ne devrions jamais nous habituer, tout cela qui vit et change à chaque heure en même temps que nous. […] »

Homme de série

Dernières lumières, derniers plaisirs©, op. cit., p. 219.
« Pauvres et riches sont les mêmes hommes de série, “ n’importe qui ”, et se valent devant les vraies valeurs. Nous sommes ce que le temps nous fait, et “ n'importe qui ” parfois ne se soucie guère de l'authenticité, de la vérité et de la justice. »

Hommes sans histoire

Changer la vie©, op. cit., p. 165.
« J'ai souvent pensé que la plus grande et la plus émouvante Histoire serait l'histoire des hommes sans histoire, des hommes sans papiers, mais elle est impossible à écrire. »

Hommes vrais

Jean-Jacques, 1758-1778©, Gallimard, 1952, p. 341.
« [L]es hommes peuvent n’être pas ce qu’ils sont, ce que la nécessité les fait, mais ils peuvent être ce qu’ils font, ce qu’ils veulent être. »

Humanisme

Caliban et Prospero©, Gallimard, 1952, p. 33.
« L’humanisme est une foi, une foi en l’homme. C’est une religion de l’homme […] »

Droit à la vérité

Changer la vie©, op. cit. pp. 215-216.
« […] Il y avait un droit à la vérité devant lequel tous les esprits étaient égaux, et c’était le premier des droits. […] Un esprit d'homme veut être respecté : il n'est pas de plus grand crime que de lui rendre la vérité suspecte. Je crois toujours naïvement qu'elle est comme l'eau-mère où l'esprit se forme et grandit comme un cristal. »

L’écrivain et le livre

Apprendre à espérer

Carnets du vieil écrivain©, op. cit., p. 203.
« Je n'ai jamais écrit que pour apprendre aux hommes à espérer. »

Qu’est-ce qu’écrire ?...

Carnets du vieil écrivain©, op. cit., pp. 12-13.
« Qu’est-ce qu’écrire ? Pourquoi écrire ? Pour qui écrire ? […] J’avoue n’être pas trop troublé par ces questions. J’écris simplement pour les mêmes raisons pour lesquelles je vis. C’est une de mes manières de vivre, un de mes besoins. »

Un écrivain…

La Foi difficile©, Grasset, 1957, pp. 127-128.
« Un écrivain est un homme à qui l’image qui lui est proposée du monde par la tradition et la coutume ne suffit pas. Il en compose une autre, la seule qui soit vraie pour lui. »

Un lecteur …

Carnets du vieil écrivain©, op. cit., p. 44.
« Il se peut, après tout, que mes livres rencontrent quelquefois un lecteur qui les aime. Je sais bien ce que serait cet homme-là : quelqu'un qui, comme moi-même, ne serait pas sûr d'être toujours intelligent, qui quelquefois se serait senti aussi dénué que moi-même, soit que les fées l'aient mal servi à sa naissance, soit que la confusion du temps ait désespéré sa bonne volonté, mais quelqu'un qui, en dépit de tous ses manques et de toutes ses inaptitudes, tiendrait bon et resterait prêt à l'allégresse. »

Le livre…

Carnets du vieil écrivain©, op. cit., p. 13.
« Un livre est un outil de liberté. » Carnets du vieil écrivain, op. cit., p. 152. (Texte reproduit sur la plaque commémorative de la rue Pierre Nicole où habitait Jean Guéhenno). « [I]l se peut que le livre, comme moyen d’expression, soit en train de mourir. La radio, le cinéma, la télévision ont désormais une autre puissance. »

La vraie lecture

Carnets du vieil écrivain©, op. cit., p. 152.
« La vraie lecture commence quand on ne lit plus seulement pour se distraire et se fuir, mais pour se trouver. […] La vraie lecture est la chose la plus intime et la plus désintéressée, encore qu'il ne s'y agisse que de nous-mêmes. C'est un temps qu'on se donne pour ne plus vivre par influence, par contagion, mais pour reconnaître, choisir son propre chemin et devenir soi-même. »

Bien lire

Sur le chemin des Hommes©, op. cit., p. 217.
« [Il] n’est pas tant nécessaire d’avoir beaucoup lu que d’en avoir bien lu quelques-uns, avec la passion d’y découvrir la force vive qui les créa, si bien qu’elle passe en nous et nous anime et nous rende capables à notre tour de la création et de l’invention. »

Conduire « sa » vie

Andante

La Foi difficile©, op. cit., p. 14.
« On se raconte à propos de soi-même une belle et grande histoire. On passe vingt ans, trente ans à tenter de la vivre. À l'heure de l'andante, il faut bien voir qu'on ne l'a pas vécue. »

Chacun a son dictionnaire

Changer la vie©, op. cit., p. 244.
« Il n’est pas si simple d’entrer dans l’âme et dans la vie des autres. Ce n’est pas une science qui se vende ou s’achète, comme le latin ou le grec ou les mathématiques. […] Les mots les plus simples, ceux à quoi tient le destin de tous les hommes, le pain, le travail, l'argent, l'amour, l'amitié, la maladie, la mort n'avaient pas en nous deux le même sens, ne créaient pas la même tension, n'évoquaient pas les mêmes problèmes. Chacun a son dictionnaire. »

Changer la vie

Journal des années noires©, 22 février 1941, op. cit., pp. 87-85.
« On ne change pas la vie à soi seul et ce n’est rien d’être libre en rêve. Le problème de la liberté intéresse tout le troupeau. Tout le troupeau sera libre ou pas une bête ne le sera. »
Changer la vie©, op. cit. p. 247.
« [O]n ne change pas sa vie à soi seul et [...] il faut, pour la changer, changer aussi la vie des autres. »
Dernières lumières, derniers plaisirs©, op. cit, p. 219.
« Pour changer la vie, c'est l'homme même qu'il faut changer. “ Ce sera long, long ” comme disait Renan. Mais il change. Il a beaucoup changé en des millions d'années et continuera. »

Clairière des destins

Changer la vie©, op. cit., p. 246.
« C'est maintenant seulement que, si j'étais poète, je pourrais essayer de dire ce qui se passe vraiment dans la clairière des destins. »

Un beau conte

Journal d'un homme de 40 ans©, op. cit., p. 20.
« L'esprit le moins romanesque ne résiste pas à l’envie de faire de sa vie un beau conte. »

Esclaves

Journal des années noires©, 23 mai 1941, op. cit., p.114.
« Il n'est pas bon de trop dire à des hommes qu'ils sont esclaves. Ils finissent par le croire, s’habituent à subir ou attendent des autres leur libération, et quand en effet la liberté se meurt, ils n’ont plus les forces ni la foi nécessaires à la sauver. »

Inégalité des esprits

Ce que je crois©, op. cit., p. 107.
« Tout le progrès d’un homme me semble être de passer d’une vie qu’il subit à une vie qu’il pense, dût cette pensée ne lui en faire reconnaître que le malheur, y ajouter, et ne le conduire qu’au désespoir et à la révolte. […] [L]’inégalité des esprits […] il faut tout faire pour la corriger et la compenser. »

Donner un sens à notre vie

Journal d'un homme de 40 ans©, op. cit., p. 240.
« Parce que nous sommes les seuls êtres qui savons que nous devons mourir, nous sommes aussi les seuls qui puissions donner un sens à notre vie. Tout ce qui importe est cette volonté même. Quand elle serait illusoire, elle n'en aurait pas moins de prix. C'est être digne déjà que de rêver de l'être. »

Songes

Journal d'un homme de 40 ans©, op. cit., p. 240.
« Qui sait si nos songes ne sont pas notre plus vraie justification. Eux seuls nous accordent à ce magnifique univers qu’il nous est donné de traverser, à l’infini du ciel, à l’éternelle lumière. »

Le temps de vivre

Changer la vie©, op. cit., p. 80.
« C'est une incroyable chance d'avoir quelquefois le temps de vivre, le temps de la conscience, fût-ce la conscience de tout son malheur, de pouvoir s'arrêter quelquefois, reprendre souffle et lever la tête pour contempler l'étonnant paysage autour de soi, y reconnaître sa place et se perdre en lui. »

Vingt ans

Journal d'un homme de 40 an©, op. cit., p. 252.
« On ne juge jamais mieux qu'à vingt ans l'univers : on l'aime tel qu'il devrait être. Toute la sagesse après est à maintenir vivant en soi un tel amour. »

Vivre sa vie

Caliban et Prospero©, op. cit., p. 58.
« Certes il faut leur apprendre à gagner leur vie. Mais ils ne la gagnent que pour la vivre. Et c’est à la vivre surtout qu’ils doivent être préparés. »

Visages de ceux que j’aime…

Carnets du vieil écrivain©, op. cit., p. 49.
« Lorsque je me suis pris à considérer les visages de ceux que j'aime, les rides pathétiques qu’y a imprimées une vieille peur, je n'ai pensé qu'à les effacer. Ce sont les conditions de la vie qui font la vie. […] Nous tirons tous la même charrette, mais tous les charretiers vous diront qu’il y a façon et façon de la charger. »

Confessions

Aimer ! La merveilleuse audace !...

Journal d'une « révolution©, Grasset, 1939, p. 103.
« Aimer ! La merveilleuse audace ! Mais qui donc ose aimer ? Aimer, c’est accepter soudain de doubler tous ses risques, vivre de la vie d’un autre, mourir de la mort d’un autre et être doué d’un courage qu’on n’aurait jamais pour soi. Être aimé, c’est avoir la certitude qu’il y a au monde quelqu’un en qui toujours tu pourras te reposer, quelqu’un qui t‘aimera encore quand toi-même ne pourras plus te supporter, quand toi-même ne pourras plus t’aimer. Dieu, dans les religions, remplit cet office pour toutes les âmes. Mais ceux qui sont aimés d’une autre créature n’ont pas besoin de Dieu. »

Je serais bachelier…

Carnets du vieil écrivain©, op. cit., p. 198.
« Je décidai que le monde était injuste et mal fait, et puisque ceux qui le menaient étaient bacheliers, que je serais bachelier comme eux, pour travailler à le changer. Voilà toute mon histoire. »

Vive le bachot !

Changer la vie©, op. cit., p. 150.
« J’écrivis, un soir, avec application, dans un coin de la petite table sur laquelle je travaillais à la maison, ces mots, comme un engagement solennel avec moi-même et l’univers : Vive le bachot ! »

Caliban parle !

Sur le chemin des Hommes©, op. cit., p. 18.
« J’ai commencé ma vie d’écrivain par une proclamation naïve. J’annonçais que l’éternel silencieux allait enfin parler : “ Caliban parle ! ” Caliban avait fini de seulement grogner. Il parlait vraiment, et même quelquefois une langue déjà assez claire. »

Fées

Changer la vie©, op. cit., p. 10.
« Je ne me résignerai jamais à penser que tout soit joué d'avance, que notre sort soit tiré par les fées, dans la clairière où elles s'assemblent, avant même notre premier cri. »

Grands efforts

La Foi difficile©, op. cit., p. 16.
« Je ne suis parvenu à rien que par de grands efforts. »

Quand un homme…

Ce que je crois©, op. cit., p. 88.
« Rien ne me touche comme cet engagement profond, quand un homme vit comme il pense et pense comme il vit. »

Homme de foi

Journal des années noires©, 15 avril 1943, op. cit., p. 262.
« Je me vante quelquefois de n’aimer pas croire. Ce qui est plus exact, c’est que j’aimerais mieux penser et savoir et je sais qu’il faut croire le moins possible pour penser le plus possible. Mais je suis un animal pieux, et toute ma vie est celle d’un homme de foi. »

Hommes simples

La Foi difficile©, op. cit., p. 241.
« [M]on propre chagrin, c'est de devoir finir ma vie loin des hommes simples que j'ai aimés, d’en être venu à écrire et à parler une langue qu'ils ne peuvent pas même entendre, toute abstraite et blanche, et où ne se reconnaît plus le battement de leur sang. »

Jean-Jacques…

Jean-Jacques, 1758-1778©, op. cit., p. 49.
« Cher Jean-Jacques, voilà bien des ans déjà que nous vivons ensemble ! […] c’est que je sentais que tu étais, et je voulais passionnément savoir ce qu’était un homme vrai. »

Mémoire

Changer la vie©, op. cit., p. 89.
« [L]’imagination du malheur ne me manque pas. De ces choses je n'aime pas me souvenir. Heureusement je me souviens mal. L'instinct de conservation règle notre mémoire, et j'ai, pour durer et vivre, oublié. »

Révolte au cœur

La Foi difficile©, op. cit., p. 232.
« Je croyais sottement à vingt ans n’avoir pas eu de chance. Mais les années m’ont appris que c’était un bonheur prodigieux de naître la révolte au cœur […]. »

Roman

Carnets du vieil écrivain©, op. cit., p. 23.
« Je n'écrirai donc jamais un roman. Il y a trop de raisons à cela. Je ne crois pas assez à l'existence du monde extérieur. Je suis trop ignorant des êtres. »

Je vais m’enfoncer dans le silence

Journal des années noires©, 25 juin 1940, op. cit., p. 15.
« Je vais m'enfoncer dans le silence. Il faut que je taise tout ce que je pense. »

Mon travail…

Carnets du vieil écrivain©, op. cit., p. 56.
« Mon travail a été mon plaisir, ma vie même. Je crains qu'une telle vie soit faussée. »

Vérités « guéhenniennes »

Amitié

Journal d'un homme de 40 ans©, op. cit., p. 133.
« La société des amis est toujours une société idéale. Elle est un échange continu. [...]. Un ami ouvre en nous des chambres fermées. Il nous aide à être nous-mêmes et nous nous enrichissons de tous les biens qu’il lui a plu de découvrir en nous. »

Ce que je crois

Ce que je crois©, op. cit., p. 86.
« Puisqu'il s'agit de “ ce que je crois ”, j'ai cru, je crois à la fidélité. C'est sans doute ma foi la plus profonde. J'y ai cru, j'y crois comme à mon premier devoir, et s'il est en moi quelque fanatisme, il est là. On entend bien de quelle fidélité je parle. C'est de la fidélité aux plus pauvres et aux plus dénués, où qu'ils soient. »

Démocratie

La France dans le Monde, Éditions de la Liberté, 1946, p. 39, repris in Aventures de l’Esprit©, Gallimard, 1954, p. 31.
« La démocratie est la religion du bonheur des hommes, mais c’est aussi la religion de leur dignité. »
Voyages, Tournée américaine, tournée africaine©, Gallimard, 1952, p. 21.
« La démocratie n’est que la conciliation de la justice sociale et de la liberté. »

Dignité

Journal des années noires©, 26 novembre 1940, op. cit., p. 57.
« Ce que je sais d'une toujours plus claire certitude, c'est que toute dignité consiste à chercher en soi-même son ordre, à essayer d'y trier le vrai, selon la parole du vieux Montaigne, et quand on croit l'avoir trouvé, à s'y tenir, sans égards pour les folies qui triomphent et qui passent. »

Égalité des chances

Ouest-France, L’Égalité des chances, 3 mars 1978.
« L’égalité des chances. […] c’est elle seule qui peut et doit faire la justice entre les hommes. Ce fut et c’est toujours ma conviction la plus profonde, ma plus grande espérance. »

Éloquence

Changer la vie©, op. cit., p. 139.
« Celui qui parle le mieux finalement l'emporte toujours, et c'est un bien bel art que celui de savoir rendre petites les choses grandes et grandes les choses petites, de rester, en toutes circonstances, le maître des définitions, et de fixer ainsi l'ordre et la règle. »

Fidélité à soi-même

Ce que je crois©, op. cit., p. 125.
« J'appelle sincérité la fidélité à soi-même d'un homme qui, s'étant enfin reconnu et, à tort ou à raison, ayant construit son âme sur une certaine règle, s'y tient comme à une sorte d'honneur. »

Imagination

Dernières lumières, derniers plaisirs©, op. cit., pp. 15-16.
« L'imagination, seule, ouvre les portes de la prison, et c'est elle qui fait les rois de la vie. »

Liberté

Journal des années noires©, 28 février 1941, op. cit., p. 88.
« Il est tel moment où toute notre liberté se réduit à la conscience de notre servitude ; elle est comme un grand souvenir qui continuerait de nous orienter, et nous ne cessons pas de savoir de quel côté le jour se lèvera. »

Maître

Journal des années noires©, 26 janvier 1942, op. cit., p. 184.
« On n'a pas d'autre maître que soi-même ; il faut que ce maître soit dur… »

Regard des autres

La France dans le Monde©, op. cit., p. 14, repris in Aventures de l’Esprit, op. cit., p. 10.
« Une nation pas plus qu’un individu ne peut se passer du regard des autres, de cette flamme fraternelle, de cet encouragement à vivre qui y étincelle quelquefois. »

Rêves

La France dans le Monde©, op. cit., p. 29, repris in Aventures de l’Esprit©, op. cit., pp. 22-23. Texte reproduit sur la plaque commémorative de la rue Pierre-Nicole où habitait Jean Guéhenno.
« Les peuples, comme les hommes, se mesurent à leurs rêves. La France n’est devenue la France que grâce à un certain pouvoir qu’elle eut quelquefois de rêver non pour elle seulement, mais pour tous les hommes […]. »

Révolution

Caliban et Prospero©, op. cit., p. 21.
« Ce n'est pas à l'Université que se fait la Révolution qui ne saurait être seulement, comme semblent l’avoir cru quelques jeunes sociologues, un exercice de travaux pratiques de sociologie. Seuls les besoins vrais et immédiats des hommes la déterminent. »

La vraie culture

Sur le chemin des Hommes©, op. cit., p. 105.
« La culture vraie n’est qu’une accession aux plus grands problèmes que pose la vie des hommes et un effort pour les résoudre. »
Ce que je crois©, op. cit., p. 184.
« Toute vraie culture n'est qu'intérieure. »

Les vrais hommes

Carnets du vieil écrivain©, op. cit., pp. 11-12.
« Je crois, mais ce n'est que croyance, que ce qui définit un homme vrai n'est pas son appartenance à une classe, à un milieu, c'est une impatience profonde de sa condition, un espoir de devenir un jour ce qu'au fond de lui il pense qu'il mérite d'être. »

La vraie vie

La Foi difficile©, op. cit., p. 10.
« Nous rêvons une vie, nous en vivons une autre, mais celle que nous rêvons est la vraie. »
Changer la vie©, op. cit. pp. 18-19.
« Nous ne faisons pas la part assez grande à ce que furent nos rêves. Ce sont eux cependant, bien plus que nos actes, qui nous accordent avec le temps et le monde. Notre vraie vie est à leurs couleurs. »

Sagesse

Journal d'un homme de 40 ans©, op. cit., p. 29.
« Nous ne vivons que pour apprendre que nous sommes toujours volés. Devenir sage n'est que s'habituer à cette atmosphère de déception et de vol. »

Sincérité

Carnets du vieil écrivain©, op. cit., p. 169.
« Mais je crois avoir vérifié que la sincérité n'est jamais qu'un merveilleux effort dont on n'est jamais sûr qu'il aboutisse : on se ment toujours parce que, pour continuer à durer et garder quelque volonté de vivre, pour ne pas tomber à un certain dégoût de soi, il n'est pas possible de se dire tout à soi-même. Il faut quelquefois se mentir. »

Un petit garçon…

Sur le chemin des Hommes©, op. cit., p. 201.
« Parce qu’un petit garçon a désormais le pouvoir de téléguider sur le bassin des Tuileries son bateau électrique, il n’est pas né pour cela plus malin que Montaigne ou Socrate. »

Aversions « guéhenniennes »

Autorité

Changer la vie©, op. cit., p. 140.
« C'est le secret de toute autorité : refuser ce qu'on vous demande, donner ce qu'on ne vous demande plus, et faire en sorte que tout paraisse le fait du prince. »

Chefs

Ce que je crois©, op. cit., p. 162.
« L'espèce qui croit aux chefs m'a toujours paru la plus sotte qui soit entre les espèces humaines. »

Grèves actuelles

Dernières lumières, derniers plaisirs©, op. cit., p. 14.
« Les grèves ont changé de caractère. Elles étaient jadis de difficiles et rudes combats pour l’honneur et la dignité de la vie autant que pour le pain. Il s’agit seulement désormais de parvenir à mettre un peu plus de beurre sur le pain. Tant mieux ! Cette transformation de la condition ouvrière a été la plus vraie joie de ma vie. Mais la bataille même fut peut-être plus belle que la victoire. Tout devient affaires. Les secrétaires des syndicats sont des sortes de fonctionnaires, des P.-D.G., aussi habiles, aussi rusés que ceux des sociétés anonymes capitalistes… Je ne suis pas sûr qu’on y ait tout gagné. L’honneur n’est guère à la mode. »

Hommes avilis

Journal des années noires©, 14 juin 1941, op. cit., p. 122.
« Je ne peux supporter de voir des hommes avilis. Un homme ne se construit que sur son courage et par son courage. »

Philosophes

Ce que je crois©, op. cit., p. 81.
« Je n’ai jamais pu me faire le disciple d’aucun d’eux et ne me recommande d’aucun “ isme” mais je les pille tous sans vergogne […] Je leur emprunte à tous ce qui peut m’aider à vivre. »

Savoir c'est pouvoir

Carnets du vieil écrivain©, op. cit., p. 81.
« La vieille formule de Bacon, " savoir c'est pouvoir ", a commandé la science moderne, mais il y a un grand péril à pouvoir plus qu'on ne sait. »
Lycée de Fougères, message à des jeunes gens. Ce message a été écrit par Jean Guéhenno de septembre à octobre 1970, en vue de l’inauguration du lycée … qui n’eut jamais lieu ! Brouillon de lettre, fonds Guéhenno© (entre le 25 août et le 12 septembre 1970), BNF, NAF 28297, boîte 35, cahier 23.
« Nous croyons tout savoir “ savoir c’est pouvoir ”. Mais nous en sommes au point que nous pouvons bien plus que nous savons, nous le vérifions chaque fois que nous essayons quelque nouvelle maîtrise, mais cette demi-culture généralisée nous met quelquefois dans une satisfaction un peu sotte. »

Vanité

Journal des années noires©, 17 janvier 1941, op. cit., p. 77.
« Jamais tant d’hommes en Europe ne surent lire, et jamais cependant il n’y eu tant de bêtes de troupeau, tant de moutons. Un homme d’autrefois qui ne savait pas lire se sauvait par la méfiance. […] Il pensait seul, ce qui est l’unique manière de penser. Un homme d’aujourd’hui qui a appris à lire, écrire et compter, n’est par rien protégé contre sa vanité. »

Violence

La Part de la France, Éditions du Mt Blanc©, 1949, p. 21.
« […] Et je n’oublie pas cette promesse que je me suis faite à moi-même, de ne jamais servir la violence. »
Ce que je crois©, op. cit., p. 70.
« Aucune violence jamais n'a ajouté à la grandeur des hommes. »